La genèse d’une constellation d’open badges

Comment les Open Badges MyceLLium sont nés — non d’une logique de certification, mais d’une conviction sur ce que signifie reconnaître un chemin collectif.


Il y a dix ans, j’ai entendu parler des Open Badges pour la première fois, lors d’un salon Educatech. J’en ai compris l’intérêt immédiatement, ce qui n’est pas toujours le cas avec les innovations numériques en éducation. Mais je n’ai pas su quoi en faire. Le concept était là, posé quelque part dans un coin de ma réflexion professionnelle, sans projection réelle sur le moment.

Ce délai de dix ans n’est pas un oubli. C’est une maturation.

Ce que le travail avec les collectifs a révélé

Le déclencheur est venu d’un groupe de travail sur la reconnaissance des compétences informelles. J’y accompagnais des enseignants référents qui cherchaient à rendre visible ce que les parcours officiels ne voient jamais : les apprentissages qui se font dans l’expérience d’un mandat d’éco-délégués.

Au fil des séances, une conviction s’est affirmée avec une netteté qui m’a surpris moi-même. Les badges ne devaient pas remplacer des certifications. Ils n’étaient pas des diplômes allégés, des micro-certifications habillées différemment. Ils étaient autre chose : des témoins d’un chemin informel, des outils pour aider à conscientiser des apprentissages que les apprenants vivent sans toujours les nommer.

Un badge ne dit pas ce que vous savez faire. Il rend visible le fait que vous avez traversé quelque chose.

C’est de là qu’est venue l’idée d’intégrer les Open Badges à MyceLLium. Non comme un ajout, mais comme une évidence : si MyceLLium accompagne des collectifs dans leur maturation, les badges pouvaient aider ces collectifs à conscientiser cette maturation, à en garder une trace visible, à la rendre communicable sans la réduire à un résultat.

Une première version qui ne tenait pas

La première architecture des badges MyceLLium était hiérarchique. Des niveaux, une progression, un ordre logique. Intuitivement, cela ne me satisfaisait pas — mais je ne savais pas encore pourquoi.

C’est Peter Senge qui a déverrouillé la question.

Les cinq disciplines de l’organisation apprenante — vision partagée, modèles mentaux, maîtrise personnelle, apprentissage en équipe, pensée systémique — ne sont pas des étapes. Elles ne se franchissent pas dans un ordre fixe. Elles sont interdépendantes : chacune nourrit les autres, aucune n’est première. Ce qui fait la force d’un collectif apprenant, ce n’est pas d’avoir accompli un parcours balisé, c’est d’avoir développé une attention à ces cinq dimensions simultanément, de manière systémique.

Les badges devaient fonctionner de la même façon.

La logique hiérarchique que j’avais esquissée d’abord était une projection : je plaquais sur les badges la structure linéaire que je voulais précisément éviter dans l’accompagnement. Un collectif ne « passe » pas d’un niveau à l’autre. Il franchit des seuils, dans des ordres que personne ne peut prédire, en fonction de son histoire propre.

Et puis il y avait le mycélium lui-même — qui n’est pas à l’origine des badges mais qui est à l’origine de tout. Un réseau souterrain de filaments qui relient sans hiérarchie, où l’information circule dans tous les sens, où l’interdépendance est la forme même du vivant. La constellation des badges ne pouvait qu’obéir à cette même logique.

Une constellation, pas une collection

Le mot « constellation » est arrivé précisément parce que « collection » ne convenait pas.

Collectionner des badges, c’est courir après eux. C’est accumuler. C’est traiter la reconnaissance comme un capital à constituer. Or ce qui intéresse MyceLLium, c’est la question inverse : est-ce que mo collectif a passé ce seuil ? Est-ce que ce badge dit quelque chose de vrai sur le chemin que ce collectif est en train de faire ?

La constellation des badges témoigne d’une maturation. Elle ne la décrète pas.

Chaque badge peut exister seul. Il n’appelle pas le suivant. Il ne présuppose pas le précédent. Il marque un franchissement — une posture nouvelle face au fait de travailler ensemble — et il peut être nourri dans le temps par les récits, les traces, les ajustements que le collectif accumule après l’avoir reçu. Le badge reste. Le collectif, lui, continue de se transformer.

Ce que « Open » signifie vraiment

Il y a quelque chose d’essentiel dans le mot « Open » que les usages courants tendent à effacer. Un Open Badge n’est pas seulement un badge numérique. C’est un badge conçu pour circuler, pour être endossé, pour créer des liens entre ceux qui le portent.

L’endossement — ce geste par lequel un pair reconnaît le cheminement d’un autre collectif — n’est pas une fonctionnalité accessoire. C’est ce qui rend le système vivant. Un endossement n’est pas une validation. Ce n’est pas un jury qui certifie. C’est un collectif qui dit à un autre : nous reconnaissons quelque chose dans ce que vous avez traversé, et nous soutenons la poursuite de votre réflexion.

La cartographie des porteurs de badges rend visible quelque chose d’autre encore : un réseau de collectifs qui ont partagé des expériences comparables, sans jamais les avoir vécues ensemble. Des résonances plutôt que des preuves. Des points de contact plutôt que des certifications croisées.

C’est ce que les dix ans de maturation depuis ce salon Educatech ont finalement permis de comprendre : les Open Badges ne sont pas un outil de reconnaissance. Ils sont un outil de mise en relation. Et pour MyceLLium, c’est exactement là que commence l’intérêt.


Si votre collectif reconnaît quelque chose dans cette logique — un seuil franchi, une posture nouvelle face au fait de travailler ensemble — la question n’est pas « quel badge mérite-t-on ? », mais : de quoi votre expérience est-elle déjà le témoignage ?


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